Rapport Mapping -RDC: 10 ans d’assise pour l’impunité!

Le Dr Jean-Mobert Senga est chercheur auprès d’Amnesty International en République Démocratique du Congo; il exprime un sentiment commun à celui des victimes.

Il n’y a aujourd’hui , dit-il, même sur le plan symbolique ou sur la question de la mémoire, aucun effort, aucun geste qui ai été fait du côté des victimes pour leur montrer que le président Tshisekedi et son administration veulent mener une politique différente de l’administration précédente qui a plutôt brillé par le déni et qui a systématisé l’impunité.

Les crimes répertoriés dans le rapport auraient été commis entre 1993 et 2003. Près de vingt ans plus tard, tourner la page n’est pas une option , affirme le chercheur.

La paix ne va pas venir de l’impunité, concède-t-il. Au contraire. Il faut ouvrir ces dossiers, il faut dire la vérité, rendre justice autant que possible. Rendre justice cela ne veut pas dire mettre tout le monde en prison. Cela veut dire montrer des signes, juger les principaux responsables, et éventuellement commencer un mécanisme de vérité et de réconciliation pour panser les plaies, et donner les réparations aux victimes, y compris les réparations symboliques, et puis espérer alors avancer.

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Sur ce point, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme, Navathem Pillay, n’a pas mâché ses mots: « Il
appartient à la RDC et à son peuple de prendre les devants dans l’élaboration et la mise
en œuvre de leur stratégie sur la justice transitionnelle.
Ils devraient aussi pouvoir
compter à cet égard sur le soutien de la communauté internationale. Le Haut-
Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme s’engage à rester un partenaire
engagé de la République Démocratique du Congo dans la recherche d’une paix réellement
durable. »

Rapport Mapping, qu’est-ce?

Il s’agit d’un document dense et détaillé, basé sur des recherches extensives et rigoureuses effectuées par une équipe d’une vingtaine de professionnels congolais et internationaux en matière de droits humains sur une période de 12 mois. Le rapport examine 617 des incidents les plus graves survenus dans tout le Congo sur une période de 10 ans et fournit des détails sur des cas graves de massacres, de violence sexuelle et d’attaques contre des enfants, ainsi que d’autres exactions commises par une série d’acteurs armés, notamment des armées étrangères, des groupes rebelles et des forces du gouvernement congolais.

Publié le 1 octobre 2010, le rapport indique que les femmes et les enfants ont été les principales victimes de la plupart des actes de violence recensés par l’équipe. Afin de « refléter comme il convient l’ampleur de ces actes de violence commis par tous les groupes armés » contre les personnes les plus vulnérables, le rapport consacre des chapitres spécifiques aux crimes de violence sexuelle contre les femmes et les filles, ainsi qu’aux violences contre les enfants. Il consacre également un chapitre au rôle joué par l’exploitation des ressources naturelles par rapport aux crimes commis au Congo.

Le rapport conclut que la majorité des crimes documentés peuvent être qualifiés de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. En référence à une série particulière d’événements qui se sont déroulés entre 1996 et 1997, le rapport soulève la question de savoir si certains crimes commis par l’armée rwandaise et son allié congolais, le groupe rebelle de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL), contre des réfugiés hutus rwandais et des citoyens hutus congolais (voir ci-après pour d’autres détails) pourraient être qualifiés de crimes de génocide. Le rapport précise qu’il appartiendrait à un tribunal compétent de rendre une telle décision. Quel type de tribunal qui en aurait la compétence irréfutable? La grandeur du territoire congolais n’est-elle pas un obstacle de plus par rapport au mouvement de fuite des réfugiés?

Mapping sur carte des réfugiés

By Protogène BUTERA