
Le synode des évêques sur l’Amazonie se tiendra au Vatican du 6 au 27 octobre prochains. L’Instrumentum Laboris, le document de travail de cette assemblée, a été présenté ce lundi 17 juin 2019 ,en salle de presse du Saint-Siège. Un document en trois parties qui met au cœur le «cri des pauvres et de la terre» et le rôle que l’Église est appelée à être l’avocate de ces voix oubliées et exploitées, tout en poursuivant sa mission d’annoncer le Christ.
L’univers géographique

Voici d’abord une donnée géographique et naturelle: l’Amazonie c’est 5,3 millions de kilomètres carrés de forêts qui bordent le fleuve Amazone ,et 40% de la surface totale des forêts tropicales de la planète, un véritable poumon qui, on le sait, ne cesse d’être menacé par l’exploitation minière ou industrielle.
En outre,c’est une région qui comprend de nombreuses communautés autochtones que l’on retrouve sur l’ensemble de ces 9 pays de l’Amérique latine: Bolivie, Bresil, Colombie, Équateur, Guyana, Pérou, Surinam et Venezuela.
Le Pape François ne veut pas que l’Église perde de vue ces 2,8 millions d’autochtones regroupés en 390 tribus et 137 peuples parlant 240 langues.La finalité de ce synode qu’il a convoqué est que, « dans le respect de la beauté de la Création,tous les peuples de la terre puissent louer Dieu,Seigneur de l’Univers. »
Un document de plaidoirie pour les autochtones

Le document de travail qui a l’allure d’une plaidoirie s’articule en trois parties, « la voix de l’Amazonie », « le cri de la terre et des pauvres » et « Église prophétique en Amazonie: défis et espérances ». Il met nettement la lumière sur ces peuples indigènes (110 à 130 communautés) qui vivent «en isolement volontaire», en profond lien avec la nature, et qui ont décidé de vivre à l’écart de la civilisation, car ils ont subi de nombreux traumatismes par le passé.
Ces peuples originels ont beaucoup à nous enseigner, explique d’ailleurs le document. Depuis des générations, ils prennent soin de la terre, de l’eau et de la forêt afin que l’humanité bénéficie de la joie des dons gratuits de la Création. Les communautés locales sont des interlocuteurs indispensables, souligne l’Instrumentum Laboris.
Pour cela, on met en exergue le besoin d’une Église participative, présente dans la vie sociale, politique, économique, culturelle et écologique de ses habitants; d’une Église accueillante envers la diversité culturelle, sociale et écologique afin de pouvoir servir les individus ou les groupes sans discrimination; d’une Église créative qui puisse accompagner avec son peuple la construction de nouvelles réponses aux besoins urgents; enfin, d’une Église harmonieuse, porteuse des valeurs de paix, de miséricorde et de communion.
Mais, les défis sont nombreux pour cette Église d’Amazonie, à commencer par les distances et l’isolement des communautés. Il est important, précise le document de passer d’une «Église qui visite» à une «Église qui reste» au plus près des communautés.
Nouveaux charismes et questions ouvertes
Face à ces défis, des questions qui sont toujours taboues sont ouvertes. Si le célibat est évoqué comme un «don pour l’Église», la question de l’ordination sacerdotale d’hommes mariés, dans les zones les plus reculées, de préférence des indigènes, est posée à condition qu’ils aient une famille stable et qu’ils puissent assurer les sacrements et le soutien à la vie chrétienne.
L’accent est mis enfin sur le rôle des femmes, rappelant leur place centrale dans l’Église d’Amazonie aujourd’hui. Le document demande ainsi de voir comment les faire devenir «leaders» que ce soit en théologie, en catéchèse ou en liturgie, mais aussi dans le champs de l’éducation ou en politique.

Tous ces nouveaux chemins de l’Église en Amazonie demandent audace, ainsi que «des propositions courageuses» précise le document de travail du synode, rappelant ce que disait le Pape François lui-même devant les évêques du Brésil en 2013: « l’évangélisation de l’Amazonie est un banc d’essai pour l’Église et la société toute entière » en reconnaissant l’existence de nouveaux charismes.
Avec ce que le Card.Claudio Hummes(reporteur de ce synode)qualifie de « ministères ordonnés différenciés », nous observons que Vatican commence à comprendre qu’il n’y a pas seulement le « visage européen » de l’Eglise,mais qu’il y a aussi un « visage amazonien » comme il doit y avoir un « visage africain » ou « asiatique »de l’Église.C’est une vision juste que l’on ne doit plus tout calquer sur les « visages européens » de l’Église. Nous attendons le mois d’octobre pour voir les résultats concrets de ce synode.
Sources: Vaticanews
By Protogène BUTERA
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