Mes adieux à l’Afrique qui souffre et qui danse

Père Gérard Malherbe,Missionnaire d’Afrique

Voici 47 ans, j’arrivais pour la première fois au Congo, le 25 septembre 1969. Le 21 décembre 2016, après un peu plus de 47 ans, je vais devoir quitter le Congo pour un retour définitif en Belgique. Inutile de dire que ce n’est pas vraiment de gaieté de cœur que je dois mettre un terme à ma mission en Afrique.

Je crois que je vais avoir un choc thermique, vu que je vais passer de l’agréable température iturienne (26°) au froid hivernal européen, la bise coupante, le nez qui coule, les éternuements, rhumes, et autres horreurs.

Du Congo, il y a des choses que je ne regretterai pas. Notamment les incessantes coupures de courant électrique, joliment appelées « délestages », et les pannes interminables[…..] Je ne serai pas non plus nostalgique des routes dans un état affreux, avec les bourbiers où l’on peut passer quelques heures. Mais tant de choses vont me manquer !

Déjà, chaque semaine, nos messes dominicales, tellement différentes de ce qui se vit en Belgique, du moins dans les paroisses que je connais. Nos célébrations chaleureuses, priantes, où tout le monde participe, chante et (éventuellement) danse. Messes avec une nombreuse et même débordante assistance, pleines de jeunes, d’enfants et de bébés….Quelle différence avec l’assistance plutôt compassée et assez vieillie des messes en Belgique…..

À Bunia, beaucoup de gens me connaissent. « Bonjour mon Père ». Lorsque j’ai passé quelques temps dans une clinique « catholique » à Bruxelles, tout le personnel m’appelait « monsieur », la seule qui disait « mon Père » était une infirmière musulmane. Ce n’est pas que je tienne à ce qu’on m’appelle « mon Père », je fais partie de cette génération de prêtres et religieux qui ont – avec soulagement – abandonné soutanes (gandourah dans mon cas) et signes distinctifs. Mais ce simple fait d’appellation révèle quelque chose d’important. Au Congo, l’Église est toujours « au milieu du village ». …

En 1963, en Belgique aussi, l’Église restait « au milieu du village », tout le monde ou presque était baptisé, même les non pratiquants et quasi athées inscrivaient leurs enfants au catéchisme pour la « communion solennelle » … Je me demande même parfois si ce n’est pas là une des raisons, ni la seule ni même la principale, qui font que certains de mes confrères s’accrochent désespérément à leur vie en Afrique, en dépit de leur âge très avancé et malgré une santé défaillante : ils se sentent plus à l’aise chez eux en Afrique que dans une Europe devenue si différente de celle qu’ils ont connue jadis……

Autre chose dont je serai très nostalgique, ce sont tous les enfants et jeunes Congolais… Tant à Mongbwalu qu’à Kisangani et Bunia, j’ai souvent vu mon bureau rempli d’enfants et de jeunes. Certains des plus petits, se sachant en sécurité, s’endormaient chez moi, et parfois pleuraient comme des Madeleines lorsque – devant partir – je les réveillais pour leur dire de rentrer chez eux, ils étaient tout surpris. À Kisangani, j’ai connu un groupe exceptionnel de jeunes garçons et filles, engagés dans le scoutisme et les autres mouvements, ils étaient souvent chez moi pour des réunions ou pour discuter, et aussi pour jouer au ping-pong à l’extérieur….

…..Bon, je sais, faire « copain – copain » avec des enfants et des adolescents, en Belgique c’est devenu très suspect ; le soupçon de pédophilie n’est pas loin. Mais c’est seulement la preuve que la société belge est malade, et non que toute relation de ce genre serait potentiellement peccamineuse.

Vont me manquer les merveilleux paysages de l’Ituri, la gentillesse de beaucoup de Congolais, leur bonne humeur inaltérable même dans les pires circonstances, et tant et tant de choses encore….

Bref, je vais redevenir un Belge à part entière, mais un Belge qui restera toujours quelque peu Congolais.

Amicalement vôtre,

P.Gérard Malherbe,M.Afr
A lire: Mes années de prêtres au Kongo Kinshasa